06. Doctrine

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L'information qui est à la base de nos connaissances sur la doctrine des Ismai'ilis et qui provient de diverses oeuvres d'historiens orthodoxes et d'hérésiologues, semble n'offrir qu'une très faible valeur quand on la compare aux ouvrages isma'ilis originaux. Les faits y paraissent tellement confus, altérés et corrompus, intentionnellement ou non, qu'il fut longtemps avant de faire le tri entre le vrai et le faux. Le mieux semble de les délaisser or l'instant, et de ne donner ici que les faits le plus saillants qui découlent des ouvrages originaux et de la tradition de la secte.

On ne sait rien d'authentique sur la phase initiale des croyances isma'ilis, tout comme d'une façon générale on ne sait que très peu de choses sur la plus ancienne période du si'isme. Nous pouvons penser qu'à l'exception de la lignée des imams qu'ont suivis l'une ou l'autre sectes, toutes les premières sectes si'ites ont peu différé les unes des autres. Ce ne fut sans doute que plus tard que se firent jour des particularités dogmatiques. C'est un fait remarquable que l'ouvrage classique sur le système de fiqh isma'ili, le Da'a'im al-Islam (1), de Kadi Nu'man (m. en 363/973), soit si proche de la tradition itna-asari, que plusierus savants théologiens de cette école le considèrent comme une oeuvre appartenant à leur secte.

On n'a apparemment conservé aucun ouvrage ismaIli pré-fatimide, et les plus anciens de ceux qui sont connus remontent au début du IVe/Xe siècle. La doctrine aussi bien exotérique qu'ésotérique, y semble déjà très développée et assez stabilisée. Il est actuellement impossible de découvrir à qui est à quelle date doit être attribuée la fondation de cette doctrine. Sans doute serons-nous plus près de la vérité en pensant que le processus de cette formation fut progressif et spontané. L'époque à laquelle se développa la doctrine isma'ilite, le IIe-IIIe/VIIIe-IXe siècle, fut en même temps une période pendant laquelle se manifesta un intérêt intense pour la science et la philosophie grecques, lequel fut général parmi les Si'ites. Nous pouvons rappeler aussi que ce fut exactement à cette époque que fut fondé tout le système musulman de science, de médecine et de doctrines philosophiques, sous le patronage des califes abbasides qui encouragèrent les traductions de ouvrages scientifiques grecs. Un peu plus tard, nous trouvons exactement les mêmes éléments dans l'ismai.ilise et dans ce qui est universellement accepté par les Musulmans les peux pieux : le système sufi et la haute théologie. La raison pour laquelle la doctrine isma'ilite fut si fortement réputée hérétique et de tendances anti-islamiques doit très probablement résider dans deux circonstances différentes : d'une part, ayant atteint sous les Fatimides un niveau élevé de culture, les isma'ilis, dans leurs essais pour concilier les principes de l'Islam avec les sciences modernes de leur époque, allèrent trop vite pour les autres parties moins cultivées du monde islamique. En second lieu, les conflits et les rivalités politiques durent souvent altérer et dénaturer leur doctrine, comme on s'en aperçoit dans les ouvrages des hérésiologues.

05. Répartition Actuelle

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On trouve des Nizaris en Syrie, à Salamieh, Qadmous, Massiaf et Kawabi ; on en trouve aussi en Perse, dans les provinces du Hurasan et du Kirman ; en Afganistan au Nord de Galalabad et à Badahsan ; dans les Turkestan russe et chinois, districts du haut Oxus, Yarkoud, etc., dans l'Inde Septentrionale, à Chitral, Gilgit, Huuza, etc..., dans l'Inde Occidentale, dans le Sindh, le Gudjrat et à Bombay, etc... En fait, on trouve de elrus colonies partout dans l'Inde, et en Afrique Orientale.

Les Bohoras, ou Musta'liens de l'Inde vivent principalement au Gudjrat, dans l'Inde Centrale et à Bombay. Ils forment plusieurs colonies en Afrique Orientale. Quelques centaines seulement sont Sulaymanis, tous les autres sont Daudis. Il y a enfin au Yémen et à Nigran un millier d'Isma'ilis en majorité sulaymanis.

04. Nizaris

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D'après la tradition nizarite, qui semble comporter une part considérable de vérité, le fils de Nizar, al-Hadi, fut assassiné en même temps que son père en prison. Mais son jeune fils et héritier, al-Muhtadi, fut emmené par des serviteurs de confiance en Perse, à Alamut, où il fut élevé avec soin par Hasan b. Sabbah, en grand secret. Quand il mourut en 557/1162, son fils al-Qahir b. Akham Allah Hasan [la généalogie traditionnelle des Nizaris donne maintenant à sa place deux imams Qahir et Hasan] prit ouvertement possession du trône, et en 559/1164, il proclama la grand Résurrection, la (Qiyamat al-Qiyamat). Il prescrivit à ses partisans le culte en esprit en réduisant l'importance du zahir, ainsi qu'il convient à ceux qui sont sauvés et sont entrés dans le paradis spirituel. Cet état paradisiaque du fidèle est très probablement le vrai point de départ de la légende bien connue relative au jardin planté par Hasan b. Sabbah sur les stériles rochers d'Alamut en imitation du paradis, pour duper ses disciples.

L'Histoire des quatre autres imams d'Alamut, à savoir : Ala al-Din (ou Diya al-Din), Galal al-Din, Ala al-Din II et Rukn al-Din Hursah, est suffisamment connue en Syrie. Les Nizaris furent nombreux et, sous la conduite de leur remarquable chef Rasid al-Din Sinan (557/1162), ils jouèrent un rôle considérable dans les guerres contre les Croisés aux côtés de Saladin.

Le fils de Rukn al-Din, Sams al-Din Muhammad, fut caché avec soin dès son enfance. Lui et ses successeurs durent vivre dans une retraite complète, et probablement se donnèrent comme des sayhs sufis. Plusieurs d'entre eux, suivant la tradition, occupèrent une position en vue, furent gouverneurs de certaines provinces, s'allièrent par des mariages avec les sahs safazides, etc. On ne doit malheureusement accorder de valeur qu'à un tout petit nombre de détails et de dates.

Toutes les sources historiques mentionnent le dernier successeur immédiat de Sams al-Din, qui fut Hasan Ali Sah. Ce dernier épousa une fille de Fath Ali Sah Kagar et fut nommé gouverneur du Kirman. Mais bientôt, à la suite d'intrigues de cour, il dut s'enfuir en Inde, où il mourut en 1298/1881. Ali Sah qui succéda à l'imam précédent, vécut à Bombay et mourut en 1303/1885. Son fils Sultan Muhammad Sah est bien connu du public sous son nom d'Aga Han. Actuellement son petit-fils Karim est l'imam des Isma.ilies-Nizaris sous le nom d'Aga Han lui aussi.

03. Histoire du Mouvement

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L'isma'iliya commence son existence officielle, en tant que branche séparée du si'isme, à la mort d'Isma'il fils de l'imam Ga'far al-Sadiq, peu de temps avant 148/765. Les Isma'ilites refusèrent de reconnaître le nouveau candidat , le frère d'Isma'il, Musa al-Kazim, et reportèrent leur allégeance sur le fils d'Isma'il et son héritier, Muhammad, ainsi que sur ses successeurs. On ne connaît rien d'authentique sur l'histoire de la secte pour une période d'environ 150 ans, jusqu'à la fin du IIIe/IXe siècle. Même les noms des Imams successeurs de Muhammad b. Isma'il, et leur ordre de succession sont douteux. Voici la version persane Nizari : Ahmad, Muhammad, Ahmad. Version Fatimide : 'Ab-dallah, Ahmad, Husayn. Version indienne : Nizari, Ahmad, Muhammad, 'Abdallah. Version druze : Isma'il II, Muhammad, Ahmad, Abdallah, Muhammad, Husayn, et Ahmad (ainsi sept noms au lieu de trois).

Avant l'entrée des Isma'ilites dans leur période historique, apparut, dans la seconde moitié du IIe/IXe siècle, en Mésopotamie du Sud, la secte des Qaramita qui a été souvent, à dessein ou non, confondue avec celle des Ismailites. Les Qaramita s'étant rendus, par leurs pillages, odieux à toutes les nations islamiques, il en résulta une confusion qui fut très préjudiciable à la cause des Fatimides. Les véritables principes de la religion des Qaramita et la nature de leurs relations avec les imams ismailites demeurent encore assez obscurs. Ce qui est toutefois indiscutable, c'est que pendant toute la période de leur courte histoire, ils conservèrent une attitude hostile à l'égard des Ismailites, et que ceux-ci considérèrent comme leurs pires ennemis.

Ordinairement l'organisation des Qaramita, comme celle des Ismailites, qui a été confondue avec cette dernière, est attribuée à Abdallah b. Ma'mun (1). En tout cas, la secte des Ismailites avait déjà une suffisante organisation vers la fin du IIIe/IXe siècle ; elle avait poussé de fortes racines en Perse, au Yemen et en Syrie, tandis qu'elle se répandait rapidement en Afrique du Nord. On connaît bien l'histoire du Mahdi et des autres califes fatimides. Une intense propagande s'exerça pendant le IVe/Xe siècle et vers le milieu du Ve/XIe. L'ismailisme manifesta alors sa force depuis l'Atlantique jusqu'aux confins extrême-orientaux du monde musulman : la Transoxiane, le Badahsan et l'Inde ; il fut spécialement fort en Perse, dans les provinces caspiennes, l'Adarbaygan, Ray, le Kumis, Isfahan, le Fars, le Huzistan, le Kirman, le Kurdistan, le Hurasan, le Kuhistan, Gazna, le Badahsan et la Transoziane furent d'importants centres de propagande. La Perse donna naissance aux savants philosophes ismailites, véritables fondateurs de la doctrine du mouvement, tels qu'Abu Yaqub al-Sigistani (mort vers 331/942), Abu Hatim al-Razi 9m. vers la même date), Hamid al-Din al-Kirmani 9m. vers 410/1019) et Al-Muayyad Sirazi (m. en 470/1077). Nasir-i-Husraw et Hasan b. Sabbah peuvent aussi être ajoutés à ce groupe.

Partout l'ismailisme fut persécuté comme un dangereux mouvement politique, mais ce n'est pas là qu'il faut chercher les causes de son rapide déclin après un succès stupéfiant. Plus dangereuses furent les scissions qui se produisirent dans les classes ecclésiastiques et même dans les familles des imams eux-mêmes. La première scission sérieuse qui n'eut qu'une importance locale, fut celle des Hakimiya, c'est-à-dire les Druzes qui ne crurent pas à la mort d'al-Hakim (411/1021) mais se mirent à attendre son retour. La scission suivante, celle des Nizaris, fut une catastrophe. À la mort d'al-Mustansir (487/1094), son fils aîné Nizar fut dépossédé du trône par son frère al-Musta'li, avec le titre de chef suprême. L'attitude des cercles ismailites d'Égypte fut plutôt apathique, et Nizar n'ayant point trouvé d'assistance suffisante, fut sur l'ordre de son frère capturé et mis à la mort en même temps que son fils dans sa prison. La nouvelle produisit une énorme indignation en Syrie et dans tout l'Orient et une grande majorité se scinda du rente, conservant son allégeance à ceux qui venaient de mourir martyrs.

Une pareille indifférence régna parmi les Ismailites égyptiens, les Musta'liens, quand s'éteignit la lignée des imams fatimides d'Égypte. Lorsqu'al-Amir fut assassiné en 524/1130, son jeune fils et héritier al-Tayyib (dont l'existence a été fortement mise en doute par les historiens) fut pris pour "être caché". Les cinq derniers califes fatimides d'Égypte ne furent pas considérés comme des imams, même pas par eux-mêmes, et la hutba fut faire au nom d'al-Qaim, l'imam attendu qui doit venir au jour du jugement dernier. Les représentants de la tradition fatimide, les Mustaliens, croient encore que les imams successeurs d'al-Tayyib, vivent en grand secret quelque part et sont prêts à se manifester, le moment venu.

Le centre administratif des Musta'liens fut transféré au Yémen, et à sa tête furent placés leurs [al- Da'i l-Mutlaq]. L'ismai'ilisme en Égypte et en Afrique du Nord disparut avec une étonnante rapidité. Il se maintint dans le Yémen dans une position insignifiante pendant environ 500 ans. Mais les choses prirent une tournure entièrement différente dans l'Inde où la première colonie augmenta beaucoup au début du XIe/XVIIe siècle. Son importance fut largement supérieure à celle de la communauté originale et nécessita le transfert dans l'Inde de la résidence des Da'is. Ce transfert s'accompagna d'une autre scission causée par des rivalités sacerdotales. Après la mort du 26e Da'i, Daud b, Agab Sah (999/1591), à Ahmadabad, la majorité (Daudis) suivit Daud b. Qutb-Sah, qu'elle considéra comme son 27e Da'i, tandis que la partie Yéménite s'attachait à Sulayman b. Hassan (Sulaymanis). L'actuel Da'i Suylaymani réside au Yémen, tandis que le Da'i Daudi réside à Bombay. Il y eut encore plusieurs scissions de moindre importance. On doit noter qu'il n'existe pas de différences dogmatiques véritables entre les Daudis et les Sulaymanis.

On peut encore remarquer que le dernier imam fatimide , l'imam-enfant al-Tayyib, disparaît en 526/1131 ; il meurt dans sa 30e année, à peine âgé que l'imam Hasan al-Askari, père du XIIe imam l'imam caché des Si'ites duodécimains. Pure et noble figure de douceur à qui celle d'al-Amir est loin de ressembler. Avec cette disparition, l'isma'ilisme de la branche occidentale est lui-même entré dans une période d'occultation de l'imamat qui pratiquement le met dans une situation spirituelle analogue à celle des Si'ites duocécimains. De même que pour ces dernier, s'achève avec l'imam caché la dodécade parfaite des imams manifestés sur terre, de même avec la disparition de l'imam al-Tayyib, comme XXIe imam, s'achèvent les trois heptades d'imams depuis le prophète Muhammad.

Quant à l'imamat, la branche isma'ilienne (occidentale) est donc en période de satr (caché). Il importe bien entendu, de ne confondre cette distinction entre périodes de visibilité (zuhur) et périodes d'invisibilité (satr) de l'imam, avec la désignation des cycles d'épiphanie (dawr al-kasf) et des cycles d'occultation (dawr al-satr), dont la succession alternée forme le grand cycle cosmique. Il en sera fait mention ici; leur désignation vise l'alternance d'un statut de la condition humaine, entièrement différent d'un cycle à l'autre, au sens physique comme au sens spirituel. Une première conséquence de l'occultation de l'imam, c'est que les Ismai'iliens de tradition fatimide donnent leur obédience pratique non pas à un imam visible comme le font les Ismai'iliens de tradition Nizari, mais à un Da'i Mutlak "un grand-prêtre" qui est le représentant de l'imam invisible. Cette branche dite "occidentale" a perpétué l'ancienne tradition de l'ismai'ilisme fatimide sans interruption ni réforme, de siècle en siècle.

02. Introduction

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Les Ismailites forment une secte de l'Islam qui est une des branches du si'isme. Cette secte se subdivise en plusieurs sous-sectes, dont les unes sont fort différentes des autres dans leurs principes. Dans les ouvrages historiques de diverses périodes, on les cite sous différents noms : les plus anciens sont ceux de Qaramita et Batiniya ; plus tard, on les nomme : Sab'iya, Ta'limiya. De nos jours, en Perse, on les appelle : Muridan-i-Aga Han-i Mahallati, en Asie Centrale : Mulla'i, dans l'Inde : Hadjas (Nizaris), et Bohoras ou Bohras (Musta'liens), etc.

01. Avant-Propos

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L'ouvrage, dont nous présentons aujourd'hui l'édition, ne comporte ni nom d'auteur, ni date de publication. Je n'hésiterais pas cependant à le classer au premier rang parmi les ouvrages philosophiques ismaïliens, et à le considérer comme une source originale qui pourra enrichir les études sur la pensée islamique. Il s'agit en effet d'un manuscrit unique et rare, trouvé par l'éditeur en 1956 à Massiaf en Syrie, et qui porte le titre suivant : al-Qasida al-safiya. C'est en réalité un complément des deux qasida ismailites (1) imprimés sous la direction de l'institut Français de Damas, en 1953 et 1955.

Mais avant de présenter le texte arabe de cette qasida, il nous a semblé utile, pour guider le lecteur, de donner en langue française un bref exposé historique sur le mouvement ismailite en même temps qu'un résumé de la doctrine. Quand à l'explication philosophique du texte, nous avons préféré la donner dans notre introduction arabe.

Nous présenterons la doctrine ismailite dans sa forme classique, telle qu'elle était aux premiers jours du mouvement, montrant ainsi les sources religieuses d'une secte bien connue par son influence politique et scientifique. Ce faisant, nous pouvons espérer rendre service aux savants qui s'intéressent à la pensée islamique, et accomplir notre devoir envers l'histoire et la philosophie arabes.

Il nous est agréable enfin d'exprimer notre reconnaissance très sincère au Révérend Père Émile Lahoud, Directeur de l'imprimerie Catholique de Beyrouth, qui a bien voulu aider à la naissance de cet ouvrage.

De même, il m'est très agréable de rendre un juste hommage à Monsieur le Directeur de l'institut de Lettres Orientales de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, qui a eu l'obligeance d'accueillir cordialement ce modeste travail dans les collections de l'Institut qu'il dirige.

(1) Simt al-Haqaiq, de Ali b. Hanzala b. Ali Salem al-Wadai. Éditée par Abbas al-Azaoui, Insitut Français de Damas, 1953. -2- Al-Qasida al-suriya de Muhammad b. Ali b. Hasan al-Suri. Éditée par Aref Tamer, Institut Français de Damas, 1955.

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